_Controverses

Jean-Antoine Chaptal, Ecole de Médecine de Montpellier

Extraits du

DISCOURS DE M. CHAPTAL,
PROFESSEUR DE CHIMIE ET PRESIDENT DE L'ECOLE;
Du premier Brumaire an V.



Citoyens Elèves,


Aujourd'hui commence la troisième année de vos études.

La connaissance de l'homme est le but de toutes vos études : mais pour
acquérir cette connaissance pleine et entière, il faut oser envisager l'homme
sous tous ses rapports ; il faut tout rapporter à lui pour tout en déduire ; en un
mot, le considérer comme le principal organe dans le système de l'Univers.

Celui-là ne sera jamais Médecin qui isole le corps humain pour mieux en
étudier les fonctions : lorsqu'il croira connaître l'homme, il n'en connaîtra
que le cadavre. Et les beaux rapports de l'homme avec tout ce qui l'entoure,
cette action et cette réaction réciproques entre lui et les autres corps, ce grand
système de mouvement qui fait de tous les êtres, les différens organes d'un
grand tout, seront perdus pour lui.

Les connaissances anatomiques ne sont que préparatoires : elles forment la
première assise d'un édifice dont tous les matériaux sont animés : et ce n'est
plus le scalpel à la main, que nous parviendrons aux sources de la vie, à ses
modifications dans les divers organes, dans les divers états, sous différents
climats ; ce n'est plus le scalpel à la main, que nous découvrirons le mode de
correspondance établi entre nous et les autres corps. Ce n'est plus par
l'anatomie, que nous déterminerons l'influence et l'action de l'air, de l'eau, du
feu, des alimens sur notre être, et que nous constaterons le jeu des facultés
morales et l'empire des passions sur notre physique.

L'anatomiste fait connaître les ressorts à l'aide desquels s'exécutent tous les
mouvemens ; il indique les moyens de relations entre les organes ; il détermine
l'usage de chaque partie ; mais, sous sa main, tout est froid, tout est inanimé ;
le souffle de la vitalité échappe à ses recherches. Il doit jeter le scalpel loin de
lui, pour n'être plus qu'un observateur ; et ici commence une étude
philosophique dont cette Ecole a donné le premier exemple.

Ce ne sont plus les délires d'une imagination mensongère, ni les calculs
du mécanicien, ni les analyses des chimistes, qui expliquent à leur gré, les
diverses facultés morales ou physiques. Le médecin observe, décrit les
phénomènes, rapproche les variations des causes qui les produisent, et
reconnaît un moteur général, dont l'action se modifie de mille manières ; ce qui
déjouera sans cesse les résultats toujours invariables du chimiste et du
mécanicien.

En rapprochant ensuite les modifications que les changements de température,
l'action de divers alimens, l'effet des remèdes, l'influence de l'âge, de la
passion, des tempéramens, apportent dans l'exercice des fonctions du corps
humain, il apprend à en prévoir et à en prévenir les altérations.